Marion, Elliot, Lisa – 4 mai 2025
Après moults scénarios de trous envisagés et une météo défavorable ce dimanche, on décide d’aller à la Légarde, où on ne risque pas de se faire surprendre par la montée des eaux. Objectif : le fond. Genre le vrai fond, à -213, avec le P19 au bout de la Grande galerie ! (Spoiler : on ira pas).
Départ de Dijon (avec la demi-heure de retard d’usage), on déclenche le chrono à 11 h 15. J’équipe, suivie de Marion et d’Elliot qui ferme la marche.
Ça commence bien pour moi qui me foire dès le premier frac : je loupe deux broches, ça frotte, il faut que je remonte, j’ai pas mon pantin, mes deux supérieurs me disent “euh.. t’as pas oublié un truc ?” Elliot : “Indice : ça brille dans ta lampe !” J’ai une pensée intrusive qui me dit que je vais faire un mental breakdown avant pas longtemps mais allez, on se motive.
Environ au premier tiers des verticales, on est interrompus par un bruit ÉNORME de fracas qui dure plusieurs secondes : moi, d’en bas, je pense immédiatement à un éboulement monstrueux, un truc dantesque… Au final c’est “juste” un gros coup de tonnerre qui vient de gronder tout près de nous. Flippant mais amusant (on préfère ça plutôt que la Légarde s’effondre sur nous, hein).
Finalement la suite se passe pas trop mal – si on oublie mon malheureux double monopoint “on est pas loin de la faute technique” (E.M, 2025) – et on arrive au bas du P70. Les grands puits donnent vraiment une chouette impression à la descente, surtout ces deux tirs plein pot de 28 et 32 mètres (longueurs mesurées par Elliot en janvier dernier).
De belles hauteurs sous plafond
Comme en janvier, il y a toujours cette vieille corde moche en fixe installée tout le long des puits avec des maillons rapides. A qui appartient-elle ? Quels sont ses réseaux ?
La corde moche en question.
Dans la 2e partie du P70, je repère l’abalakov destiné à limiter un frottement, mais on a oublié le petit crochet pour passer la dyneema. Tant pis, ça frottera un peu.
Pause casse-croûte avant la trémie, puis on s’engage dans le chaos de blocs rigolo. Elliot reprend l’équipement. Une corde en fixe permet de descendre le R2 mais on installe la nôtre. Etroitures gentilles (après la Buse, on a plus peur de rien), ça mouille un peu. On débouche sur un pan incliné menant au P17. Quelques indices nous laissent à penser que ça ne doit pas être souvent visité : une vieille corde à nœuds, un clown aluminé, des monopoints…
Vintage.
Juste avant le P17. Esthétique.
Cette sculpture possède un ZIZI.
Heureusement Marion a pris sa belle C44 d’inter toute neuve, qui nous est finalement indispensable pour aller jusqu’au fond du P17. Un puits par ailleurs très esthétique, qu’on apprécie descendre. Il peut s’aborder de deux côtés mais la rive gauche débute en main courante monopoint, donc on part par la droite.
La vire d’accès au P 17 post-trémie
Un dernier petit pan incliné à équiper pour aider à la remontée, et nous voilà en bas, à la confluence des deux galeries – galerie de la Boue et la Grande galerie. On ne sait pas trop laquelle est laquelle.
Dès le bas du P 17 en se dirigeant vers la gauche, il y a de superbes gours très propices aux photographies. Marion repère des niphargus dans un trou d’eau.
Mongour, dans un gours
Plus loin, ça devient glissant puis franchement glaiseux sous un plafond bas. L’autre galerie n’est pas mieux, de la glaise bien profonde et grasse, à quatre pattes. On n’ira pas plus loin parce qu’on a plus de cordes, aucune envie de se rouler dans la fange, et parce qu’Elliot, en proie à un terrible mal des profondeurs (en vrai il a juste trop mangé au Libanais la veille) est resté en haut du P 17. Nous le retrouvons transi de froid, moitié mort, enroulé dans sa couverture de survie (j’exagère à peine).
Remontée de la trémie dans la joie et la bonne humeur – “putain ça frotte”, “hiiii ça douche”, “grmbl c’est coincé”, “grrr”, “argh”, “gnnnn” et autres onomatopées – mais EN VRAI, ça va. Marion nous avait vendu un descendeur en bout de longe pour passer le R 4 étroit : on convient tous les trois qu’elle a été un peu marseillaise sur les bords.
On commence la remontée, Elliot en tête, suivi de moi et Marion qui déséquipe. Comme dans mon souvenir, les deux grands tirs sont… un peu longs… enfin, ça réchauffe.
Sur le pan incliné au pied du P 28 d’entrée, on prend le temps d’admirer le crapaud crevé à l’origine de l’odeur de charogne dont on a profité à l’aller. Confirmation prise : il est bel et bien décédé (j’avais un doute). C’est fou comme un bestiau si petit peut sentir autant.
Autre pause “faune cavernicole” juste à l’entrée, avec l’observation d’un très gros ver de terre (!). Très intéressant.
Sortie de la déséquipeuse à 18 h 15, soit 7 heures tout pile de TPST ! “On aurait pu faire mieux, mais on aurait pu faire pire”, conclut philosophiquement Elliot. Sachant qu’en janvier on avait fait 5 h 45 à trois en s’arrêtant avant la trémie, c’est pas trop mal.
Une bien belle sortie revigorante.
Fiche d’équipement complétée :
